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Les Éléphants, Ambassadeurs de la Paix PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles - Generales
Écrit par Susan Baetz   
Dimanche, 07 Juin 2009 09:00
 Compte-rendu sur le projet d’un parc transfrontalier (projet Botswana)
par David Rogers

Les contrées détruites et ravagées du paysage africain peuvent être les signes d’une surpopulation d’éléphants vivant sur ce continent. Les animaux sont sérieusement considérés comme responsables de la destruction de leur propre milieu.

Déplacement, culling, mise en place de clôtures et même prévention des naissances sont autant de méthodes testées sur ces animaux, sans succès. De plus, ces actions se sont avérées trop onéreuses.

Le biologiste David Rogers s’efforce par conséquent de trouver une autre solution, aussi bien pour la régénération du paysage que pour l’acceptation mutuelle de l’homme et de l’éléphant: faire des éléphants des ambassadeurs ambulants!

Lorsque les éléphants se nourrissent, élégance et douceur ne sont pas de mise! Lorsque la nourriture se fait rare, qui plus est dans des territoires la plupart du temps trop restreints pour eux, les éléphants se montrent impitoyables envers les arbres, qu’ils renversent afin d’en extraire l’écorce pour eux si vitale et tellement délicieuse. Les abattis restent au sol, servant à attiser des flammes éventuelles ou procurant un habitat confortable aux termites.

En 1963, le grand parc national de Chobe de 10 750 km², situé au Nord de Bostwana, abritait environ mille éléphants et la zone boisée longeant la rivière de Chobe était intacte. Aujourd’hui, le nombre d’éléphants a augmenté d’env. 30 000, nombre que l’on explique notamment par les nombreux réfugiés du Zimbabwe.

Durant la saison sèche principalement, de grands troupeaux atteignant parfois plusieurs centaines d’individus peuplent les berges de la rivière. Conditionnée par le besoin énorme des animaux en fourrage vert, la plus grande partie de la zone boisée attenante a fortement souffert de cette situation. Des arbres renversés et morts, tournés vers le ciel tels des squelettes, en sont le résultat.

Les destructions ont conduit d’autres espèces, comme par ex. le guib, le léopard et le chien sauvage, à quitter le territoire. Leur nombre a considérablement diminué.

Ces problèmes sont dus en grande partie aux hommes qui, afin d’avoir la mainmise sur les animaux sauvages, érigent inutilement de longues clôtures sur des centaines de kilomètres dans le but soi-disant de protéger les animaux domestiqués contre la fièvre aphteuse.

Ainsi, les sentiers habituels empruntés par les éléphants ont été barrés au nord du pays, à Botswana notamment. Les animaux sont par conséquent restés dans la région de Chobe, empêchant la nature de se régénérer.

De plus, l’augmentation annuelle de la population s’élevant à 1% chez les hommes et à 4% chez les éléphants est source de conflits de plus en plus nombreux.

L’écologiste John Hanks observe les éléphants depuis 40 ans. Il se souvient des terribles mesures de réduction prises dans le parc national de South Luangwa en Zambie, et de Krüger en Afrique du Sud. Ces mesures ont été prises dans les années 60-70 à la suite d’une augmentation du nombre d’éléphants.

Ses multiples expériences lui permettent de s’engager à présent pour des réserves naturelles très vastes allant au-delà des frontières, lesdits parcs transfrontaliers.

Il est prévu d’aménager un parc similaire reliant l’Angola, la Namibie, le Botswana, la Zambie et le Zimbabwe (voir la carte). Des réserves naturelles déjà existantes, comme le parc national de Moremi et de Chobe dans le nord du Bostwana, celui de Hwange dans le nord-ouest du Zimbabwe, celui de Kafue dans le sud de la Zambie et les réserves naturelles de Caprivi Strip en Namibie ont été reliées les unes aux autres par des couloirs. L’on projette également d’intégrer une parcelle privée au centre – sans avoir recours à des mesures d’expropriation ou de déplacement. Quand ces couloirs seront créés, les éléphants pourront se mouvoir et se disperser librement sur le vaste territoire. Ces mesures ont permis de soulager la région de Chobe, trop sollicitée par le passé. Pour créer ces couloirs, il est nécessaire de posséder certaines connaissances des différents trajets parcourus par les éléphants. En 2001, dans le cadre d’une première recherche, trois éléphants ont ainsi été munis de colliers avec radio. Cette technique a permis d’observer que les animaux demeurent à proximité de la rivière de Chobe lors de la saison sèche. Pendant la saison des pluies, ils migrent du Botswana vers la Namibie, dans la bande de Caprivi, de la Namibie vers le sud de la Zambie et enfin vers le Zimbabwe. Il leur est arrivé certains jours de parcourir plus de 35 kilomètres.

  seconde phase d’observation a débuté en 2003

 Trois éléphants ont de nouveau été munis de colliers avec radio. L’un dans le Savuti Marsh au nord du Botswana, le deuxième à proximité du North Gates du parc national de Moremi, le troisième à Santawani dans le sud du Botswana. Au cours des prochaines années, 40 autres éléphants devraient être munis de radios. Les chercheurs espèrent obtenir grâce à ces recherches des informations précises sur la migration des éléphants dans les régions précédemment évoquées, et ont donc décidé d’élargir leurs observations à l’Angola et à la Zambie.

Les chercheurs s’accordent sur le fait que la création d’un parc d’une telle envergure et la migration éventuelle d’éléphants en découlant permettra à la nature de constamment se régénérer et de garantir la réintégration de guibs, léopards et chiens sauvages.

Une fois les trajets migratoires identifiés, il reste à résoudre, dans les couloirs à ériger, les situations de conflit éventuelles entre les hommes et les éléphants. Les champs des colons doivent particulièrement être protégés contre les éléphants. La culture du piment, alternative préférée aux clôtures souvent détruites, s’est avérée efficace. Si les éléphants s’approchent trop des champs, les fermiers mettent le feu à un mélange de piment et d’excréments d’éléphant. La forte odeur que dégage la fumée chasse les animaux pour des semaines, parfois durablement en cas de mauvaise expérience répétée.

La culture de piment veille parallèlement à engendrer un bénéfice économique pour les colons.

Les relations politiques, sociales et économiques dans les pays précités jouent évidemment un rôle capital dans la réussite du projet transfrontalier et les conditions au Botswana offrent un terrain particulièrement favorable. Le pays a une démocratie politiquement stable. En comparaison avec d’autres pays, le Botswana est un pays riche. 60% de la population vivent du tourisme, qui rapporte env. 250 millions de US$ par an. C’est pourquoi le gouvernement est désireux d’obtenir un standard élevé pour ses réserves naturelles.

La Namibie, la Zambie, l’Angola et le Zimbabwe connaissent d’autres problèmes. Ces pays subissent une pression au niveau politique, social et économique. Hanks et d’autres chercheurs tentent malgré tout d’établir un lien avec les gouvernements afin de discuter avec eux du parc transfrontalier.

En Angola, des millions de mines, situées sur tout le territoire, sont encore enfouies. Dans un premier temps, 42 000 US$ ont déjà été mis à disposition par la TFCAS (Tranfrontier Conservation Area) en vue de leur fermeture.

Pour les touristes, le parc transfrontalier constituerait une attraction tout à fait exceptionnelle : il proposerait un circuit également intéressant au niveau du paysage, permettant d’observer les animaux à travers les parcs nationaux précédemment évoqués du Botswana, de la Namibie, de l’Angola, de la Zambie et du Zimbabwe, épargnant les contrôles si pénibles et si lents à la frontière africaine. A l’échelle mondiale, une offre de safari unique qui pourrait influencer le tourisme de façon très positive dans ces pays!

La création du parc transfrontalier contribue également à instaurer un dialogue pacifique entre les pays qu’il relie.

L’identification des sentiers empruntés par les éléphants nécessaire au projet constitue bien sûr une opération dispendieuse. 7 000 US$ ont été nécessaires pour anesthésier l’animal et équiper celui-ci d’un collier avec radio satellite.

La plupart des dons proviennent d’organisations privées comme par ex. la Pufford Fondation, le US Fish & Wildlife Service et la Swiss Agency for Development and Cooperation.

Vous pouvez vous aussi contribuer à ces actions par vos dons dans le but de soutenir la création de ce parc transfrontalier, qui dispose d’une place suffisante pour accueillir un grand nombre d’éléphants et contribuant de façon considérable à préserver la nature dans les régions évoquées.

Pour obtenir plus d’informations à ce sujet, veuillez contacter: John Hanks, Transfrontier Conservatuion Initiatives in Southern Africa, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Source: revue «Africa Geographic», cahier mai 2003, «http://www.africa-geographic.com

Elefanten in der Serengeti

 Photo: Susan Baetz

 
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